Un quart d’heure pour tourner des interviews pro, 3/4 d’heure pour les monter et les envoyer à la diffusion. Six vidéos dans la journée. Le tout sur un smartphone. Pas d’ordinateur, pas de câble. Même pas mal. Voici mon retour d’expérience. Photo Laurent Guizard Mon métier c’est formateur. Je ne réalise quasiment jamais de vidéos pour des clients. Exception faite pour la French Tech de Rennes Saint-Malo qui organise tous les ans la Digital Tech Conference, un évènement autour du digital qui se déroule à l’Opéra de Rennes. Cette année encore, je me suis proposé pour réaliser cette mission très particulière que je considère comme un exercice de style. La mission consiste à réaliser six interviews d’une minute environ, de personnes représentant les grands financeurs de l’évènement, appelés les « partenaires ». Ces interviews doivent être diffusées le jour de la conférence, une heure après avoir été tournées. Elles sont diffusées directement sur les réseaux sociaux. Au rythme d’une vidéo tournée, montée et diffusée chaque heure pendant six heures, l’exercice exige un planning serré, de la souplesse et surtout de la préparation. Voici comment j’ai préparé cette journée.

1 – Un séquencier type

Je réalise en général mes séquenciers avec l’aide de post-it. Un post-it par plan. Je commence par les plus importants (questions, réponses de la personne interviewée). J’ajoute ensuite les titres, les plans d’illustration, puis l’habillage (logos, etc). Ensuite je fais comme sur le pupitre du scrabble, je déplace les post-it jusqu’à trouver le meilleur ordonnancement possible. Le séquencier des vidéos réalisées cette édition 2018 était le suivant :
  1. Plan d’accroche sur cinq secondes environ avec les trois mots qui décrivent le mieux l’évènement selon l’interviewé(e) face caméra.
  2. Premier plan de présentation de l’interviewé(e) : prénom nom. Vidéo d’illustration de la personne en action (discutant avec d’autres personnes, montant l’escalier de l’opéra, regagnant sa place, etc.)
  3. Deuxième plan de présentation de l’interviewé(e) : fonction et entreprise. Vidéo d’illustration comme précédemment)
  4. Troisième plan de présentation avec le texte « partenaire » en incrustation. Vidéo d’illustration.
  5. Interview en une séquence. La personne répond à deux questions à la fois : quel est son métier et pourquoi il est important pour son entreprise de soutenir la Digital Tech Conference
  6. Logo de l’évènement
  7. Logo de la French Tech
  8. FIN
Lors de la première édition de la Digital Tech Conference, j’avais mis en place un séquencier beaucoup plus classique (et à la relecture, un peu mou du genou) :
  1. Logo French Tech
  2. Logo partenaire
  3. Trois questions dans ma voix en une seule séquence
  4. Logo évènement
Pourquoi cette évolution ? Parce qu’en un an, on a beaucoup appris des usages de la vidéo et notamment du fait que les trois première secondes de visualisation sont déterminantes. Autrement dit, si vous mettez un logo en début de vidéo, vous allez faire fuir tout le monde. Il faut une accroche qui donne envie de voir la suite. Raison pour laquelle j’ai demandé aux personnes que j’ai interviewées de regarder la caméra, de montrer un visage enthousiaste (ce n’est pas du journalisme, on est d’accord) et d’être bref. Dans la vidéo ci-dessous par exemple, la personne est penchée vers la caméra, qu’elle regarde « dans les yeux », dans les trois secondes d’accroche. On la retrouve plus tard adossée dans son fauteuil, en position plus confortable, en mode interview, le regard porté vers le journaliste, pour le reste de la séquence.

2 – Un template

Un template est la transposition du séquencier dans l’application de montage. Je travaille de plus en plus avec l’application sur smartphone Lumafusion, une app iPhone utilisée par les mojo (mobile journalism). J’ai longtemps hésité à utiliser cette application qui présente un côté « usine à gaz ». Mais je dois reconnaître qu’elle est très puissante notamment par le fait qu’on peut pré-enregistrer des modèles de réglages. À ma connaissance, c’est la seule application de montage sur smartphone qui propose ces pré-enregistrements de réglages. J’ai donc créé et enregistré des modèles avant la conférence, pour pouvoir réaliser rapidement mes montages. Les modèles, appelés « presets », que j’ai créés, sont les suivants :

Les effets de couleurs, en harmonie avec celles de l’affiche de l’évènement

  • Filtre « bleu pétrole » pour le premier plan de présentation de l’interviewé(e)
  • Filtre « flou et vignettage » pour le deuxième plan de présentation de l’interviewé(e)
  • Filtre « bleu » pour le troisième plan de présentation de l’interviewé(e)

Les titres

  • Police, taille, couleur, emplacement du titre « prénom et nom » pour le premier plan de présentation de l’interviewé(e)
  • Police, taille, couleur, emplacement du titre « fonction » pour le deuxième plan de présentation de l’interviewé(e).
  • Ajout d’un carré fond blanc pour accueillir les logos carrés ou rond sur le même plan
  • Ajout d’un rectangle fond blanc pour accueillir les logos allongés sur le même plan

Importation des ressources (photos et musique)

  • Importation (stockage dans la mémoire) dans l’application de montage des logos partenaires en .png
  • Importation du logo French Tech
  • Importation du logo de l’évènement
  • Importation de la musique (achetée par la French Tech). J’ai également repéré la portion du morceau de musique que je voulais utiliser, l’introduction naturelle du morceau me paraissait un peu longue à démarrer par rapport à mes besoins.

3 – Du matériel

L’application de tournage

Pour cet exercice j’ai choisi FilmicPro qui est une des rares applications à présenter un visuel du niveau sonore (en bas à gauche de l’image).

Le son

Pas de bonne vidéo sans un son de qualité. Pour celles et ceux qui ont suivi mes formations, vous savez que j’insiste lourdement sur ce point. J’ai donc ressorti mon bon vieux Sennheiser (micro utilisé en télé) que j’ai branché sur mon iPhone grâce à un adaptateur. J’aurais pu utiliser un de ces micros beaucoup plus accessibles financièrement (environ 120 euros contre 300 euros pour le Sennheiser) et je n’aurais probablement pas entendu la différence. Mais bon, le Sennheiser est là et c’est comme un vieux compagnon de voyage rassurant. J’ai choisi de ne pas utiliser de micro-cravate pour cette journée. Plus discret, le micro-cravate est toutefois plus long à mettre en place et dans ce genre de marathon, chaque minute compte. Et puis la qualité sonore n’est pas tout à fait la même non plus, en particulier lorsqu’il y a du brouhaha autour ce qui était souvent le cas durant cette journée.

Photo Laurent Guizard

La stabilisation

  • Un trépied de base pour poser le smartphone.
  • J’ai réalisé les plans d’illustration avec un stabilisateur numérique type OSMO (montée de l’escalier, entrée dans l’opéra, vue de dessus démo casque de réalité virtuelle, etc.)

Autres

  • Une torche LED et un trépied m’ont été utiles pour les plans dans la salle de l’opéra (fauteuils rouges) qui était plutôt sombre quand j’ai pu tourner.
  • L’énergie : une bonne grosse batterie externe pour nourrir le très gourmand iPhone qui était brûlant à la fin de la journée. Pas besoin de bouillote.

4 – Pendant le tournage

  • Ne pas traîner. (Merci à Yuanfen Xiao, l’illustratrice de la Digital Tech Conference qui a eu la gentillesse de m’apporter un sandwich).
  • Briefer les interviewés sur ce que j’attends d’eux. Expliquer l’objet de l’itw. Rassurer.
  • Mettre les interviewés en condition pour obtenir des sourires et un peu de pêche.
  • Saisir les instants : poignées de main, échanges, démonstration sur le stand d’une entreprise, etc.
  • Remercier !
  • Vérifier l’état de la batterie du téléphone, le recharger via une batterie externe pendant que je monte, vérifier que la lentille est toujours propre.
  • Transférer les PAD (prêts à diffuser) à Agathe Ondrejeck, du Poool (ex French Tech Saint-Malo) via Airdrop. Agathe était chargée de vérifier que tout était ok avant de diffuser sur les réseaux sociaux.

5 – Les leçons que je retire de cette expérience

  1. J’ai bien fait de me coucher tôt la veille, le rythme est dense.
  2. J’aurais pu davantage penser les lieux de tournage, notamment pour demander un accès aux coulisses qui auraient pu offrir un cadre sympa et singulier.
  3. Il m’aurait fallu 20 minutes de plus par vidéo pour les sous-titrer directement avant diffusion (transposition de la voix).
  4. J’aurais dû préciser aux personnes avec qui j’ai pris rendez-vous pour les interviewer qu’il était très important qu’elles arrivent à l’heure… La plupart, heureusement, l’ont été.
et enfin

Oui, il est possible de tourner, monter et diffuser rapidement des vidéos pros pour nourrir les réseaux sociaux avec un simple smartphone ! Vous aussi pouvez le faire, il vous faut juste un peu d’audace et … une formation pour vous lancer. Vous me suivez ? 😉

  Les photos sont de Laurent Guizard. (*) Merci à Florent Vilbert, directeur de la communication de la French Tech Saint-Malo, qui m’a renouvelé sa confiance.